Les 16 meilleures meyhanes d’Istanbul

Autour d’une table de rakı, les mezze et les conversations s’étirent presque toujours plus longtemps que prévu. Personne ne s’en plaint. Le rakı se prête à ce rythme lent : eau-de-vie de marc de raisin parfumée à l’anis, il bénéficie depuis 2009 d’une indication géographique en Turquie. Le meilleur endroit pour en profiter reste la meyhane, avec ses chansons, son ambiance chaleureuse et ses murs chargés de souvenirs : voici seize des meilleures meyhanes à Istanbul, celles qui viennent en premier à l’esprit.

1. Suna’nın Yeri

Terrasse de Suna'nın Yeri au bord du Bosphore, à Kandilli

Côté vue, peu d’adresses rivalisent. Suna’nın Yeri se trouve juste à côté de l’embarcadère de Kandilli, sur la rive asiatique du Bosphore : mer d’un bleu profond et air salin garantis.

Malgré cet emplacement sur le détroit, l’endroit reste simple. Quelques tables et chaises posées près de l’eau, rien de plus. On y vient pour discuter entre amis devant un beau panorama, pas pour une cuisine raffinée. Mieux vaut arriver le ventre plein. Pour accompagner le rakı, la fava (purée de fèves), le patlıcan ezme (purée d’aubergine fumée), les calamars et le mezgit tava (merlan frit) font l’affaire.

Le rakı y est servi dans des verres inhabituels, sans que la bouteille soit ouverte devant le client. Pourquoi ? Le mystère reste entier.

2. Refik

Façade de Refik, l'une des meilleures meyhanes à Istanbul, à Asmalımescit

Refik compte parmi les meyhanes historiques d’Asmalımescit, ouverte en 1954 et toujours citée parmi les adresses de référence du quartier. Le personnel, le décor et la cuisine y sont également appréciés. Fréquentée par le monde artistique et médiatique, la maison honore la conversation autour du rakı avec des plats et mezze soignés. Les prix ? Raisonnables, pour Asmalımescit du moins. Parmi les incontournables : lakerda (thon mariné séché), crevettes en cocotte, foie en feuille, agneau en papillote, tarama (purée d’œufs de poisson fumés) et köpoğlu (aubergine frite au yaourt à l’ail).

Sur deux étages, une table se trouve facilement en semaine. Le week-end, mieux vaut réserver. Les murs, couverts d’articles de presse, de chroniques et de photos de personnalités de passage, racontent eux-mêmes l’histoire du lieu.

3. Madam Despina

Décor d'époque de Madam Despina, à Kurtuluş

Fondée en 1946 par une certaine Madame Despina, cette meyhane, l’une des premières qui viennent à l’esprit quand on évoque Istanbul, se trouve dans une rue à droite, juste avant le terminus de Kurtuluş. Les amateurs de lieux sans prétention devraient s’y plaire : nappes, vaisselle, fenêtres en bois et murs, tout ici affiche fièrement son âge. Autant le dire franchement : malgré cette histoire, le rapport qualité-prix n’est pas toujours à la hauteur. Les mezze et les plats manquent parfois de la saveur que les prix laisseraient espérer. Autre détail à connaître : les musiciens qui passent de table en table attendent généralement un pourboire.

Le point fort reste le cadre : sous la tonnelle de vigne en été, dans la salle chauffée en hiver. Le service, lui, est plutôt rapide.

4. Münferit

Intérieur moderne de Münferit, près de Tophane

Pour un grand groupe, il faut réserver environ un mois à l’avance : l’endroit est très demandé. Aucune exagération ici.

Münferit se repère vite dans la rue qui descend du lycée de Galatasaray vers Tophane : façade élégante, décor résolument moderne, tout en restant une meyhane dans l’âme. L’ambiance tranche avec le genre, musique occidentale en fond, ce qui reste rare dans ce type d’établissement, et le résultat fonctionne plutôt bien. Côté cuisine, les crevettes au houmous, l’aubergine frite sauce tahini, le çerkez tavuğu au canard (poulet circassien revisité), le fromage blanc rôti à l’huile de truffe et le couscous à l’encre de seiche signent une carte originale. Des prix élevés sont à prévoir.

5. Yakup 2

Jardin verdoyant de Yakup 2, à Asmalımescit

Retour à Asmalımescit, dans l’une des adresses prisées des journalistes : Yakup 2. Le jardin très verdoyant est son principal atout, même si sa proximité avec la rue attire aussi les vendeurs de fleurs et les musiciens en quête de pourboire. En hiver, la terrasse est appréciée des fumeurs.

À table, le chinchard frit, le rouget frit, le merlan mariné, le poulpe, les anchois aux olives et les haricots secs valent le détour. Les mezze arrivent dans des assiettes généreuses. Pas de petites portions ici. Pour finir, le helva au four et un café turc sont de mise.

La clientèle est plutôt âgée en moyenne : bon à savoir pour qui cherche une ambiance jeune.

6. Asmalı Cavit

Façade d'Asmalı Cavit, meyhane d'Asmalımescit

Juste en face de Yakup 2. Pas de jardin ici, mais de petits balcons. La clientèle locale y est rare : les touristes aperçus le matin à Sultanahmet se retrouvent souvent ici le soir. Le contraste avec Yakup 2, de l’autre côté de la rue, est net : journalistes et clientèle plutôt âgée là-bas, visiteurs de passage ici. Les musiciens réclamant un pourboire, en revanche, ne font pas partie du décor, composé plutôt d’affiches de théâtre, de posters et de tableaux accrochés aux murs, à observer tranquillement. Réservation indispensable. Mieux vaut ne pas s’y présenter à l’improviste.

Côté mezze : merlan sauté, salade de poulpe, blettes poêlées et surtout le meze épicé maison, parfait avec le rakı. En plat, foie et calamars, puis tripes en terre cuite, une spécialité locale. Au plat principal, le bar et les anchois sont à privilégier. Les köfte (boulettes) sont particulièrement réussies. Moins spacieux que Refik ou Yakup 2, mais la cuisine n’a rien à leur envier.

7. Zarifi

Salle intérieure du restaurant Zarifi, à Beyoğlu

Une adresse qui semble davantage taillée pour les rives du Bosphore que pour le centre de Beyoğlu, coincée entre des immeubles, et pourtant cela fonctionne très bien. L’endroit se trouve juste derrière une adresse locale réputée pour son tantuni. Cadre agréable, service soigné. La carte, elle, emprunte aux cuisines arménienne, grecque, juive, arabe et levantine. Parmi les suggestions : aubergine au miel, haydari aux légumes, fava aux fèves, courgettes frites au poisson et filet de bar grillé.

Pour ceux qui cherchent aussi un peu d’animation en mangeant, cette adresse est à noter en haut de la liste : des soirées à thème balkanique, chant et danse, y sont parfois organisées. À savoir avant de prévoir un dîner au calme.

8. Akın Balık

Jardin extérieur d'Akın Balık, Istanbul

À ses débuts, cette adresse faisait l’unanimité : décor sans prétention, jardin agréable, rakı servi dans des verres à thé, mezze savoureux et belle vue. Le bouche-à-oreille a fait le reste.

Le succès, hélas, a eu son revers : hausses de prix jugées excessives, service parfois très lent… De quoi regretter la version d’origine. La situation s’est-elle améliorée depuis ? Difficile de l’affirmer. L’atmosphère, elle, reste particulière : petites tables sous les arbres, éclairages colorés, un décor qu’on ne retrouve pas partout.

9. Tarihi Cumhuriyet Meyhanesi

Intérieur historique de Tarihi Cumhuriyet Meyhanesi, rue Nevizade

Un classique de la rue Nevizade, bien que rattaché au marché aux poissons voisin. Ouverte dans les années 1920, l’adresse garde une clientèle fidèle depuis des décennies. Ambiance chaleureuse, cuisine soignée. Seul bémol : les musiciens, qui réclament un pourboire un peu trop insistamment. À essayer : feuilles de vigne farcies, purée de fromage, börek paçanga, fromage kaşar poêlé aux champignons et moules pilaki.

10. Çukur Meyhane

Salle intérieure de Çukur Meyhane, à Taksim

En plein cœur de Taksim. Le nom signifie littéralement « la fosse », en référence à son sous-sol. Pas d’inquiétude pour autant : l’endroit a bel et bien des fenêtres. Caché dans un recoin discret, il reste connu des habitués.

Une trentaine de mezze différents, un niveau que peu d’établissements atteignent : purée crétoise, meze de chou rouge, maquereau à la moutarde, houmous à l’aubergine, bar au soja et croquettes de poisson. Les prix restent raisonnables. Simple dans le décor, mais fréquenté par des diplomates, des enseignants étrangers et des amateurs de bonne cuisine. Vu l’affluence, une réservation s’impose.

11. İnciraltı

Jardin d'İnciraltı, à Beylerbeyi

Direction Beylerbeyi, loin de Beyoğlu. Cette adresse y entretient la tradition des mezze à l’ancienne.

Topik (boulette de pois chiches et pomme de terre farcie), poisson mariné, bar en feuille de vigne, chou farci aux moules, köfte maison et pilaki arménien raviront les curieux de nouvelles saveurs.

Le café turc, inscrit en 2013 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, servi ici avec une liqueur en fin de repas, est une attention appréciée, de même que le helva fondant au chocolat noir. Difficile de s’arrêter à une bouchée. Le jardin se savoure particulièrement en belle saison.

12. Kör Agop

Salle en bois de Kör Agop, meyhane de Kumkapı

Encore une adresse qui a gardé tout son cachet d’origine : ouverte en 1938 selon ses propriétaires, elle fait toujours partie des meyhanes les plus réputées de Kumkapı. Murs en bois, mobilier d’époque. L’ensemble donne l’impression d’être chez quelqu’un, et les conversations s’y étirent tard dans la soirée.

À ne pas manquer : soupe de poisson épicée, ragoût de foie, haricots blancs chauds, topik, poisson en papillote, poulpe et lakerda. Des soirées de musique fasıl (musique classique turque et de cabaret) y sont également organisées. Les soirées calmes, ce sera ailleurs.

13. Safa

Direction Yedikule pour une autre adresse historique : dans ce quartier, difficile de trouver un établissement récent. Safa ne fait pas exception. Elle est présentée par ses habitués comme centenaire, témoin de conversations autour du rakı depuis plus d’un siècle.

Chaises en cuir noir, chandelier imposant, dizaines de bouteilles de rakı alignées sur les murs et une inscription qui résume l’esprit du lieu : le verre de rakı, lui, reste toujours le même sur la table, il se remplit, se vide, se remplit encore.

Foie albanais, çiroz (poisson séché), céleri, fèves et calamars frits accompagnent bien le rakı. À la radio : musique turque traditionnelle.

14. Safi

Décor blanc et bleu de Safi, à Şişhane

Une meyhane n’est pas forcément sombre et bruyante. Installée à Şişhane, cette adresse incarne une version plus contemporaine de la meyhane : décor blanc et bleu, photographies en noir et blanc aux murs, lumière abondante. Rien à voir avec la pénombre habituelle du genre. Une bonne option pour qui n’aime pas la musique trop forte.

Dans l’assiette : mantı (raviolis turcs) grillés en brochette, börek au poisson, bar mariné au rakı et à l’orange, joue de veau, kaskarikas (plat à base d’abats) et feuilles de vigne farcies aux griottes. Des saveurs peu communes.

15. Eleos

Salle blanche et épurée d'Eleos, à Beyoğlu

Une meyhane toute blanche au cœur de Beyoğlu. L’ensemble joue sur l’épure et l’élégance : cuisine, service, vue, présentation et attentions de la maison forment un tout cohérent. Côté carte : fleurs de courgette farcies, saumon aux asperges, feta en cocotte, purée épicée façon rumi, salade de roquette façon village, mezze d’herbes variées et pastırma de poisson. Les prix sont élevés. Mais le repas, la boisson et la vue en valent la peine.

16. Sofyalı 9

Devanture de Sofyalı 9, dans la rue du même nom, à Asmalımescit

Le nom vient directement de la rue où se trouve l’établissement, ouvert depuis une quinzaine d’années, donc plus récent que les autres classiques d’Asmalımescit, même si le niveau n’a rien à leur envier.

À table : köpoğlu, mezze aux noix, anchois marinés, topik, sardines panées et viande sautée. Difficile de dépasser les mezze pour atteindre le plat principal. Les poissons, pourtant, méritent d’être goûtés.

Entre les airs de musique turque classique et les mélodies grecques selon les soirs, l’endroit convient particulièrement aux occasions spéciales : anniversaires, retrouvailles, adieux.

Comme chez Safi, l’ambiance y est claire plutôt que sombre, avec des tons bruns chaleureux.

Sources : Wikipédia – Meyhane, Wikipédia – Rakı, UNESCO – La culture et la tradition du café turc

Gönder

Bir yanıt yazın

E-posta adresiniz yayınlanmayacak. Gerekli alanlar * ile işaretlenmişlerdir